11 novembre 2007
Château Latour 1989 (Rouge)
Ca y est, ça sent vraiment l’hiver chez nous. Et hier j’ai pu m’en apercevoir en arpentant quelques vignes des Corbières, pas très loin de l’excellentissime table de Gilles Goujon à Fontjoncouse. Mais ça, ce sera pour une autre fois. Le froid aidant ce sont les plats d’hiver qui commencent à être d’actualité. Quelques perdreaux en l’occurrence, en cocotte, avec du chou, des carottes.
Pour accompagner ces volatiles Espagnols chassés du côté d’Albacete, un seigneur Français, un Château Latour 1989. Evidemment l’étiquette seule en impose, fait baver, rêver et même fantasmer. Il est évidemment qu’à ce niveau de prestige l’attente est grande.
La robe indique un âge déjà respectable sans laisser penser cependant que l’on approche les vingt ans. Une évolution, mais pas le moindre signe de fatigue. Et c’est en bouche que c’est encore plus étonnant, que ce seigneur fait preuve d’une insolente jeunesse. Il est tout simplement hallucinant de constater à quel point le temps a eu peu de prise sur ce breuvage. Nous sommes certes sur des arômes de vin évolué mais des arômes nobles, élégants, aucune odeur désagréable du style "cul de la bécasse". Le vin est un poil austère, long en bouche, d’une finesse et d’une élégance folles. Mon hôte, généreux, trouve que ça frôle la perfection mais que ça manque de complexité. Et c’est là, au bout du compte, que le bas blesse. Ce vin quoique quasi parfait n’étonne pas, si ce n’est par sa structure, sa jeunesse. Il n’émeut pas. C’est difficile à avouer mais malgré tout je n’ai pas eu de véritable émotion en le dégustant. Je n’ai évidemment pas l’habitude de goûter ce genre de flacon, aussi vieux et il est donc délicat de porter un jugement. Ceci étant je garde un souvenir beaucoup plus inoubliable de très vieux flacons (plus de vingt ans) dégustés en compagnie de René Rostaing, un autre grand vigneron, en Côte Rôtie celui-la. Pour ce Latour, je me demande quelles auraient été les réactions sur une dégustation à l'aveugle... je vous laisse avec les vignes des Corbières. De vieux grenaches je crois.
PS – je vous livre, ici, le commentaire d’Eric, très éclairant.
J'ai bu la semaine dernière un Lynch Bages 89, au profil assez proche: jeunesse insolente, belle dynamique en bouche, tannins polis ... Bref, frôlant la perfection. Mais comme tu le dis, il manquait un p'tit quelque chose ;o) François Audouze te dirait que 89, c'est un bébé, et qu'il sera sans doute meilleur dans 20 ou 30 ans. Et je veux bien le croire. Les vins de 40-50 ans (voire plus), lorsqu'ils ont le potentiel de garde et sont issus de grands millésimes ont une autre dimension.


