29 février 2008
Vendredis du Vin #11 - Mes vins Ibériques

C’est donc aujourd’hui que s’achève mon éphémère Présidence des vendredis du vin. En fait, j’attends avec impatience le retour des dégustations. Et du coup j’ai bien failli oublier de vous présenter ma propre contribution. Il s’avère qu’en ce mois de février le hasard a pour moi très bien fait les choses en matière de vin Ibérique. Je n'ai même pas eu besoin de plonger dans mes réserves.
Le lundi 11 février dernier je débarque dans la cuisine de mon copain Bernard pour lui donner un coup de main à la préparation des bécasses, palombes, grives et autres volatiles dont je vous ai déjà entretenu. Sur la table de la cuisine traîne un improbable Madère, sorti du fin fonds d’une cave oubliée. D’après les rares renseignements que nous avons sur ce flacon il semblerait dater, tout de même, de quatre vingts ans environ… Il est neuf heures du matin, du travail à faire, et pas franchement l’envie de goûter cette chose présentée comme rescapée et sans doute passée mais qui fera l’affaire pour une sauce.
Le temps passant et la curiosité aidant je me dit qu’il serait dommage de rester dans l’ignorance. Je me lance donc, pas franchement convaincu. Et là, surprise et illumination ! Une vraie révélation, c’est superbe, une acidité, une fraîcheur à vous couper le souffle. Ce fut franchement une grande émotion et une grande gourmandise que j’aurais bien du mal à vous décrire. Du coup nous reconsidérons à la fois notre sauce et le flacon, rebouché avec bien plus de précautions que ce qu’il avait débouché, puis entreposé au réfrigérateur, dans l’attente de la fin du repas et du dessert. Et ce fut un bonheur. Un improbable madère pour débuter ces vendredis du vin Ibérique, complètement bluffant. Si quelques instant avant on m’avait dit que ce flacon serait celui de mes VDV Ibériques…
Ce même 11 février aura également été l’occasion pour notre tablée de découvrir, grâce à la générosité d’un des convives, le dernier millésime de l’Unico de Vega Sicilia mis en vente. Evidemment c’est encore très jeune, engoncé et trop à l’étroit dans la bouteille, mais porteur de tellement d’espoir, de tellement de promesses. Déjà, et malgré un côté encore austère, l’émotion de quelque chose hors du temps et hors du commun. Ce vin est l’expression d’un savoir faire et d’une ambition terrible et sans concession.
Je vais d’ailleurs en profiter pour vous présenter mon troisième vin Ibérique, le vin qui n’existe pas. D’ailleurs c’est simple, je ne l’ai jamais dégusté. C’était début février, ce qui est normal, puisque février 2008 aura été le mois du vin Ibérique. Je me trouvais à Tournon, au restaurant le Chaudron, en très bonne compagnie. Nous discutons avec le patron tout en nous régalant d’un délicieux Saint-Joseph de la maison Gonon. Il n’y a là rien d’Ibérique allez vous me dire. Eh ben si. Sur le comptoir traînent plusieurs cadavres d’Unico. Je m’étonne de cette présence massive de vin espagnol dans ces terres nordiques.
Eh bien figurez vous que la maison Vega Sicilia possède à l’heure actuelle 24 hectares de Marsanne, chez elle, en Espagne, pas à Tournon. Ces vignes, qui sont destinées à produire le futur blanc de la maison, sont en production depuis maintenant quatre années. Et depuis quatre ans, régulièrement, quelques uns des responsables de la maison Vega Sicilia se retrouvent au Chaudron, à Tournon pour y goûter leurs échantillons, et les comparer avec les blanc locaux. Et il y a de quoi faire. D’après le patron du chaudron, et il n’y a franchement aucune raison de ne pas le croire, ces échantillons de Marsanne Espagnole sont très bons. Ils sont très bons mais ne conviennent pas aux vinificateurs Espagnols. A ce jour, Vega Sicilia ne produit pas encore de cuvée en blanc mais possède 24 hectares de vigne de blanc. L’histoire ne dit pas ce qu’il advient, depuis quatre ans, de la production de ces 24 hectares de Marsanne Espagnole.
Mon troisième vin de ces vins Ibériques sera donc un vin qui n’existe pas : l’Arlésienne de chez Vega Sicilia… Vous présenter un madère improbable, un vin mythique et un vin qui n’existe pas, je trouve ça fort tout de même. Etonnant non ?

