vinacientocincoSans doute faut-il y voir, pour beaucoup, un pêché de jeunesse. Mais au fil du temps je n’ai pu m’empêcher de constater que de nombreux vins espagnols, goûtés au petit bonheur la chance, se caractérisent par des arômes boisés bien peu flatteurs et très marqués, sans parler du côté très «confituré» de quelques uns. Je ne cause évidemment pas des très grands, encore que, là-aussi, et chez certains, il y aurait à dire. J’en discutais il y a peu avec Alain Graillot. Finalement l’Espagne c’est un peu comme la France, il vaut mieux savoir où aller, car le hasard ne fait pas toujours bien les choses.

- Tiens, tu gouteras ça… tu me diras. Là, il n’y a pas de barrique du tout.
La bouteille est produite par la compagnie du célèbre œnologue Telmo Rodríguez, violemment mis en cause par Jonathan Nossiter dans le goût et le pouvoir, accusé de lisser les vins en les modernisant à outrance. Je m’étonne donc, car Alain Graillot n’est guère soupçonnable de céder à la facilité des modes, lui qui vous explique avec conviction pourquoi il vinifie en vendanges entières, sans égrapper.
J’aborde donc ce flacon espagnol plein d’interrogations. Nous sommes ici en appellation Cigales, une appellation très jeune qui a vu le jour en 1991 et qui compte quelques 500 hectares au Nord de valladolid, pas loin du río Douero. Cette vigne 105 que l’on imagine ainsi cadastrée, même si c’est autre chose, se compose de tempranillo et grenache. La robe est assez claire, violacée, mais pas sombre. Le nez évoque immédiatement la cerise. En bouche les tanins sont marqués mais s’arrondissent assez rapidement à l’aération. Le vin est effectivement agréable, plein fruit, et avec un coté brut de cuve que j’aime bien. Nous sommes sur quelque chose d’assez vif, jeune mais agréable. Dans le même ordre de prix je lui préfère un vin de pays de Vaucluse du château des Tours, avec énormément plus de personnalité. Je n’en remplirai certainement pas ma cave mais si je croise une vigne 105 au restaurant je n’aurai guère d’hésitations.