clos_marieSamedi 25 novembre 2006, visite chez Christophe Peyrus, vigneron à Lauret. Nous sommes en appellation Coteaux du Languedoc sur le terroir du Pic Saint Loup. Christophe Peyrus est une des figures de proue de l’appellation avec le château de Cazeneuve ou le Mas Mortiès. Issu d’une famille paysanne de Cahors, et après 8 années dans la marine, il jette l’encre à Lauret en 1992, pour y créer un domaine qui se composera au final de 24 hectares en production (une vingtaine à l'heure actuelle). Son premier millésime date de 1994. La syrah et le grenache sont les principaux cépages, pierres de voutes des cuvées phares que sont «Simon» ou «Les métairies du Clos». On trouve en quantité plus limitée du mourvèdre et du Carignan. Le domaine propose également un blanc, et deux autres cuvées de rouge, l'olivette (entrée de gamme) et "les glorieuses" produite en très petite quantité. Nous prenons immédiatement la direction de la cave pour deux heures de dégustation. Voici, en vrac, mes impressions.

christophe_peyrus

Nous commençons par le millésime 2006, encore en cuves, avant de descendre au sous-sol pour déguster 2005 en barriques.

Sur 2006 nous avons été très agréablement surpris par la qualité et la suavité du Carignan, qui se goute actuellement très bien. L’ensemble des vins -et le commentaire est valable tant pour 2006 que 2005- est marqué par une finesse et une fraicheur assez rares dans la région. Nous avons là des vins très tendus, très nets, sans les rondeurs faciles de certains prototypes Languedociens. Les raisins sont visiblement récoltés à maturité mais sans excès là non plus, toujours à la recherche de cet équilibre et cette fraicheur qui au moment de cette dégustation font, déjà, notre plaisir. Christophe nous explique que 2006 a été plus marqué par la chaleur que 2004 et 2005 et que la fraicheur dont nous nous régalons aujourd’hui, en cuve, devrait se patiner une fois en barrique. Il lui faudra être prudent pour conserver cette fraicheur. 2006 devrait ressembler un peu à 1998. Vu le bonheur qu’une « cuvée Simon » 98 nous avait donné l’hiver dernier, disons que ça devrait le faire. Pas d’inquiétude.

clos_marie_3Confirmation également de la grandeur et de l’équilibre des millésimes 2004 et 2005. Ca tombe bien nous venions récupérer les primeurs 2004 et payer les 2005 !

Il existe une recherche qualitative particulière : "chaque cuve doit pouvoir être embouteillée seule, c'est ce que je recherche. Ensuite si toutes les cuves sont bonnes il n'y a pas de problème pour faire l'assemblage,  il se fait tout seul. Le but n'est pas de corriger la faiblesse d'une cuve par une autre..."

Tous les vins du domaine sont élevés en barrique, mais une sélection extrêmement sévère des bois permet de ne pas marquer les vins. Ici on élève, on ne boise pas.

Au niveau de récentes dégustations j'ai pu constater il y a quelques semaines l’état de fermeture du 2001, extrêmement serré, ingrat même. Le boss confirme et conseille de l'attendre jusqu’en 2009-2010. Confirmation également du bonheur de déguster aujourd’hui les 99.

En ce qui concerne les rendements Christophe Peyrus est très clair : « certaines années nous sommes à 35hl/ha d’autres 40 ou 45. Si la vigne peut donner 45 pourquoi l’en empêcher ?… » Bref… des rendements de 20 ou 15 hl/ha sont considérés ici plus comme un argument médiatique ou commercial, que comme une façon d’obtenir un grand vin.

peyrus

Le domaine est entièrement en biodynamie mais Christophe Peyrus n’est pas un intégriste. Il reste pragmatique, prend ce qu’il pense bon à prendre et laisse ce qu'il considère superflu. Il est à noter que malgré la démarche bio, les vins sont légèrement sulfités. pour Christophe ses clients ont investi sur lui, sur ses bouteilles et il n’est pas envisageable de voir une bouteille sur deux ou trois prendre la direction de l’évier. Voila le témoignage très succinct d’une dégustation en tous points remarquable, chez celui qui est sans doute un des vignerons les plus importants du Languedoc, doublé d'une très forte personnalité.

Dans quelques jours c’est André Leenhardt, le voisin du château de Cazeneuve qui nous recevra pour une dégustation similaire des 2005 et 2006 en cours d’élevage. Ce sera une bonne occasion de comparer les deux styles.

clos_marie_2